Par leur abus et leur inconscience, les êtres humains sont en train de tuer à petit feu ce qui reste de leur côté humain. Ce phénomène est mis en évidence dans Couteau... sept façons originales de tuer quelqu'un avec, un texte d'Isabelle Hubert présenté à la Nouvelle-Scène. Magali Lemèle, qui signe sa première grande mise en scène, a tenté de mettre l'accent sur le côté destructeur des êtres humains.
Couteau... relate l'histoire d'un jeune homme qui, lors de sa jeunesse, a jeté à la mer le précieux couteau d'un pécheur. À l'aide de son psychologue, il tente de découvrir les motifs qui l'ont poussé à commettre ce geste vingt et un ans plus tôt. Au fil des séances, le jeune homme trouve des hypothèses qui deviennent de plus en plus lugubres et farfelues.
Des vignettes présentant les hypothèses du jeune hommes viennent entrecouper les séances chez le psychologue. Celles-ci se déroulent dans un bureau situé sur un quai tandis que les vignettes, où l'on plonge dans le subconscient du jeune homme, se déroulent dans ce qui symbolise la mer sous le quai. Entre les scènes, les éclairages projetaient des vagues sur les poutres du quai, venant ainsi soutenir le thème de la mer et du subconscient.
Tout au long de la pièce, des mots (abus, inconscience, narcissisme, etc...) faisant l'objet de thèmes abordés étaient projetés sur un écran situé sur la partie supérieure du quai. Ces mots aident à faire des liens entre les scènes, bien qu'elles ne se déroulent pas dans le même ordre que les mots sont diffusés.
Plus l'histoire avance, plus elle devient noire et agressive tandis que les costumes sont de plus en plus tâchés par ce qui ressemble à du sang. Ces éléments tentent de symboliser le meurtre, qui s'intensifie de scène en scène, toujours en présence d'un couteau, l'élément central de la pièce.
L'histoire, qui est parfois difficile à comprendre dû à un manque de liens entre les scènes, comporte quelques longueurs, par exemple la scène de l'info-publicité qui aurait été aussi efficace si elle avait été plus courte. Cependant, la projection de mots-clés permet de se retrouver dans l'histoire.
Parmi les cinq comédiens, deux d'entre eux ont su se démarquer des autres. Éloi ArchamBaudoin, qui interprète notamment le « gars » et le politicien, a su jouer ses rôles avec nuance et émotion tout en apportant une certaine crédibilité à ceux-ci. Dans son rôle d'anorexique, Catherine Rousseau joue avec une grande émotivité alors qu'elle réussit à nous « taper sur les nerfs » dans le rôle de l'égocentrique Roxanne.
Pour sa part, la scénographie, qui est constituée d'un grand quai séparant la scène au niveau vertical, est efficace. Celle-ci permet de distinguer les événements se déroulant dans le conscient et dans le subconscient du « gars » en plus de symboliser la mer, qui est aussi représentée avec les éclairages qui ressemblent à des vagues.
L'atmosphère dégagée par la pièce varie de scène en scène. Tantôt calme et légère, elle retrouve rapidement les tensions qu'elle dégageait quelques minutes auparavant. Les effets sonores, qui étaient parfois un peu trop fort, ajoutent à l'atmosphère tout en accentuant l'effet dramatique et meurtrier de la pièce.
Malgré ses quelques faiblesses (comédien qui perd son accent, histoire un peu difficile à comprendre et ainsi de suite...), Couteau... mérite tout de même d'être vue, à la fois pour son côté divertissant et son côté moralisateur. Bref, Couteau... peut en quelque sorte être considérée comme une critique sociale tentant de nous faire prendre conscience que nous sommes en train de tuer le monde qui nous entoure tout en nous tuant nous-mêmes.
lundi 12 décembre 2005
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